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Virtuel, hebdomadaire, pour les arts et la culture dans nos Laurentides Édition du 20 septembre 2017 Dans nos actualités, cette semaine…

Et au pire, on se mariera

Et au pire, on se mariera, met en vedette Sophie Nélisse, Karine Vanasse et Jean-Simon Leduc. Le film sort sur les écrans du Québec le 15 septembre. Et au pire, on se mariera, a été sélectionné en compétition officielle au Festival du film francophone d’Angoulême qui s’est tenu du 22 au 27 août. Il sera également présenté en sélection officielle dans la section «True North», au Vancouver International Film Festival au début d’octobre.

Ce treizième long métrage de Léa Pool, écrit par cette dernière et la romancière Sophie Bienvenu, auteure du roman éponyme qui est publié aux éditions La Mèche, traite des amours interdites et de la violence des premiers émois. Comme l’enfer, l’amour est pavé de bonnes intentions. Et au pire, on se mariera, c’est l’histoire d’Aïcha (quatorze ans), de ceux qui l’aiment, de cet amour qui dévore et qui détruit. Seule avec sa mère Isabelle (Karine Vanasse), Aïcha (Sophie Nélisse) ne pardonne pas à celle-ci d’avoir mis à la porte son beau-père algérien qu’elle adorait. Lorsqu’elle rencontre Baz (Jean-Simon Leduc), un gars qui a le double de son âge, c’est le coup de foudre, le vrai, le fort, celui qui fait mal. Baz veut aider cette adolescente qui semble perdue, mais elle désire bien plus de lui et elle est prête à tout pour l’obtenir.

Suivre Aïcha, c’est entrer dans un labyrinthe pour s’y perdre autant qu’elle…

Dans sa démarche cinématographique, Léa Pool privilégie des histoires touchantes, sensuelles et passionnées lui permettant d’explorer un vaste registre d’émotions. Elle s’est vu décerner de nombreuses distinctions au cours de sa carrière. Son dernier long métrage, La Passion d’Augustine a reçu six prix lors du Gala du cinéma québécois 2016, dont ceux de la meilleure réalisation et du meilleur film.

Et au pire, on se mariera, est produit par Lyla Films, en coproduction avec Louise Productions (Suisse), avec la participation financière de la SODEC, de Téléfilm Canada, des programmes de crédits d’impôts du Québec et du Canada, ainsi que du Fonds Harold Greenberg.

À la production de Et au pire, on se mariera, nous retrouvons Lyse Lafontaine, François Tremblay (Lyla Films) et Elisa Garbar (Louise Productions), Denis Jutzeler, à la direction photo, Patrice Bengle, à la direction artistique, Michèle Hamel, aux costumes, Michel Arcand, au montage, sur une musique originale de Michel Cusson.

Distribué par K-Films Amérique, Et au pire, on se mariera, prend l’affiche au Québec le 15 septembre.

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Gabriel et la montagne

Avant d'intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde. Après dix mois de voyage et d'immersion au coeur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain. Jusqu'à gravir le Mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination. Gabriel et la montagne est un drame brésilien et français de Fellipe Barbosa.

Pourquoi avoir voulu retracer le parcours de Gabriel Buchmann?

Gabriel était un de mes camarades de classe dans le lycée où mon premier film «Casa Grande» se passe. Et c’était mon ami. Il a disparu en août 2009. Son histoire est assez connue au Brésil. Je crois que son optimisme, son sourire sur toutes les photos qui ont été retrouvées de lui ont touché les gens. Son appareil photo fut le point de départ de mes recherches. Il a laissé tellement de questions sans réponses, faire ce film était aussi un moyen de les trouver.

Les mots qu’il emploie dans l’e-mail envoyé à sa famille étaient ceux d’un idéaliste. «Je voyage comme j’ai toujours rêvé, pas de manière touristique...» Le texte était plus long que ce que l’on entend dans le film. Il me fait penser à Candide de Voltaire. C’est un personnage sans cynisme, presque clownesque, qu’on ne voit plus beaucoup au cinéma aujourd’hui.

Il est très rare pour nous, Brésiliens, de voyager en Afrique. Gabriel y cherchait un bien-être qu’il a trouvé et que j’ai retrouvé à mon tour en m’y rendant pour la première fois en 2007, dans le cadre d’un atelier de cinéma organisé par Mira Nair. Ce voyage a changé ma vision du monde. Moi aussi, j’aurais pu être Gabriel.

Quelle ambition poursuivait Gabriel en se lançant dans ce tour du monde ?

Il avait pris un congé sabbatique d’un an. Son voyage a commencé à Londres, ont suivi Paris, la Russie, l’Asie, Dubaï, Nairobi. Le film démarre au huitième mois de son voyage. Gabriel étudiait les sciences économiques et voulait effectuer des recherches sur la pauvreté en Afrique. La plupart de ses confrères économistes pensaient que c’était une bêtise d’aller chez les pauvres pour étudier la pauvreté. Selon eux, elle est structurelle, elle se comprend dans les livres. Gabriel, lui, voulait côtoyer les gens. Cette façon de voyager était aussi une manière pour lui de se sentir vivant. Il voulait embrasser le monde. D’un côté, il rencontrait les habitants de ces pays, de l’autre, il gravissait des montagnes. Un geste très symbolique de beauté, de paix et de quête de Dieu. Quand je dis Dieu, je pense à une forme de spiritualité. Gabriel cherchait à vivre et il a trouvé la mort. C’est très ironique. Il lui aura fallu mourir pour devenir immortel. J’espère le faire renaître par le biais du cinéma. J’ai d’ailleurs filmé l’ouverture du film comme une résurrection : on découvre le corps sans vie de Gabriel et la scène suivante, il surgit d’un coup dans le cadre. Il renaît.

« Gabriel et la montagne » est à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Vous y mêlez acteurs professionnels – Gabriel (Joao Pedro Zappa), sa copine (Caroline Abras), les autres touristes – aux habitants des pays qu’il traverse. Comment avez-vous pensé l’écriture du film?

C’est en les rencontrant lors des repérages que j’ai compris qu’il me fallait filmer les vraies personnes que Gabriel a rencontrées durant son périple, et recueillir leurs témoignages. Chaque fois que nous avons retrouvé une personne qui avait rencontré Gabriel sept ans auparavant, j’ai senti sa présence et j’ai su que nous étions sur la bonne voie. J’ai toujours eu l’intention de faire une fiction. J’avais un scénario, des scènes écrites dans lesquelles j’avais condensé beaucoup de choses qui étaient arrivées à Gabriel en soixante-dix jours. Scénario que je demandais aux interprètes d’oublier sur le tournage. Je voulais maintenir un esprit d’improvisation. J'ai vraiment aimé ces personnes. Et la plupart d'entre eux ont aussi aimé Gabriel : ils étaient heureux de revivre les moments qu’ils avaient partagés. C’était comme si Gabriel avait déjà lui-même composé un casting incroyable. Le processus fut assez naturel et magique. Cela donne au film un aspect documentaire, mais sa forme est fictionnelle.

Le tournage a dû être très émotionnel ?

Lors de mon travail de recherche, j’étais très touché dès que je rencontrais quelqu’un qui avait connu Gabriel ou que je me retrouvais dans un endroit où il s’était rendu. Son corps avait été là et son esprit y était encore. Pendant le tournage, j’étais davantage concentré sur le film, mais on a souvent pleuré. À Zanzibar, lors d’un jour off, je sors de l’hôtel et un Nigérien vient mendier auprès de moi. Je lui demande «As-tu connu Gabriel Buchmann?» Et là, il me répond : «Bien sûr, c’était un ami à moi». J’étais déjà venu à Zanzibar en 2011 pour mes recherches et je n’avais pas réussi à retrouver Tony Montana, le Nigérien qui, dans le film, parle du paludisme. Je n’avais qu’une photo de lui. Je l’ai comparée à cet homme qui venait de m’alpaguer. C’était lui! Il est resté avec nous toute la journée du lendemain. On a tourné quelques scènes. C’était très émouvant, une sorte de miracle. Comme si les gens que je n’avais pas réussi à retrouver venaient naturellement à moi. On a un dicton en portugais qui dit : «Dieu écrit droit avec des lignes tordues».

En termes de cinéma, aviez-vous des sources d’inspiration ?

J’ai beaucoup pensé à «Des hommes et des dieux» de Xavier Beauvois. Un film que j’adore, aussi différent du mien qu’il en est proche émotionnellement, sur des hommes à la recherche de Dieu et qui ne sont jamais plus forts que lorsqu’ils se retrouvent face à la mort. J’avais aussi à l’esprit le souvenir d’«Un homme nommé cheval», avec Richard Harris, un film d’aventures que j’aimais beaucoup dans ma jeunesse. J’ai aussi pensé à d’autres films au sujet similaire, mais desquels je voulais, au contraire, me distancier comme «Into The Wild» de Sean Penn, «127 Heures» de Danny Boyle ou «Gerry» de Gus Van Sant. Mais l’influence la plus importante reste le magnifique «Sans toit ni loi» d’Agnès Varda. Un mois avant de tourner «Gabriel et la montagne», j’ai envoyé le scénario à Ira Sachs (réalisateur de «Brooklyn Village»), un très bon ami, et il m’a conseillé de revoir le film de Varda. Je ne m’en souvenais pas, mais le film commence de la même manière par une scène où un paysan découvre le cadavre de Sandrine Bonnaire. Puis, il retrace le parcours de cette fille par le biais des gens qu’elle a croisés. Il y a aussi, chez Varda, un aspect faux documentaire… J’ai demandé à toute mon équipe de regarder «Sans toit ni loi». La grande différence, tout de même, c’est que Gabriel est aimé par les gens. Alors que, dans le film d’Agnès Varda, la vision qu’ont les autres du personnage de Sandrine Bonnaire est beaucoup plus cynique.

Jean Rouch, le grand cinéaste ethnographe de l’Afrique, a-t-il compté pour vous ?

Complètement. Rouch fut l’une de mes premières passions cinéphiles. Durant le premier semestre de mes études à New York, j’ai suivi des cours sur le cinéma ethnographique avec un professeur brésilien qui avait beaucoup travaillé auprès des communautés indigènes au Brésil. C’est lui qui m’a fait découvrir Jean Rouch. J’avais dix-neuf ans et son oeuvre a eu un impact très fort sur moi. «La Pyramide humaine», «Jaguar», «Les Maîtres fous» ou «Chronique d’un été» sont des films qui me sont très chers.

Derrière l’hommage à votre ami disparu, le film est une comédie grinçante sur l’arrogance du globe-trotter qui croit se fondre dans les cultures locales.

Ce n’était pas mon intention de départ, mais c’est le personnage. Tous ceux qui l’ont rencontré vous disent à quel point Gabriel était naïf et arrogant à la fois. C’est une conséquence de notre éducation au sein de la bourgeoisie brésilienne. Une éducation catholique, masculine, qui vous inculque l’idée que vous êtes quelqu’un de spécial, que vous incarnez le meilleur du pays. Néanmoins, Gabriel n’est pas un voyageur comme vous et moi. Il va jusqu’au bout de son ambition, il vit et partage avec des gens très pauvres, il se coupe de tout confort. Il faut un certain courage pour y arriver. Réciproquement, sa présence importe à ceux qu’il rencontre. On voit sur le visage d’Alex et de ses enfants, au début du film, qu’ils sont heureux de connaître Gabriel. C’est la première fois qu’ils communiquent avec un Mzungu (un blanc au Kenya, ndlr).

La cohabitation et les rapports entre classes sociales étaient au centre de votre premier et précédent film, «Casa Grande». Qu’en diriez-vous cette fois-ci ?

Quiconque a grandi à Rio dans les années 1980 et 1990 est touché par les inégalités. C’était une période terrible en termes de pauvreté. Vivre aisément à cette époque a créé beaucoup de culpabilité. Or, Gabriel, comme moi, appartenait à une famille riche, mais étudiait dans une école où régnait une grande mixité sociale. À ce titre - je ne l’ai compris que récemment -, «Gabriel et la montagne» commence là où «Casa Grande» finit.

Vous avez tourné «Gabriel et la montagne» dans certains coins complètement sauvages et retirés, et à une altitude folle.

On est même monté sur le pic Uhuru, le plus haut du Kilimandjaro, qui culmine à plus de cinq mille huit cents mètres d’altitude. On était treize dans l’équipe. Un quart des gens qui l’empruntent arrivent jusqu’au bout. Sur les treize membres de l’équipe ce jour-là, treize sont arrivés au sommet. Dix-huit heures de marche pour tourner un plan. Mon chef opérateur, Pedro Sotero, est asthmatique, mais il est arrivé au sommet, et avec toute sa lucidité. En plus, c’était le seul de l’équipe image : son assistant-caméra, son chef machiniste et les autres étaient malades ce jour-là. Il est recommandé de ne pas rester plus de dix minutes à une telle attitude. On y est restés quarante minutes, le temps de tourner un plan. Pedro a eu l’intelligence de mettre un objectif 18 mm et de fermer l’iris au maximum pour obtenir une grande profondeur de champ et ne pas avoir de problème de point. On a fait une prise. Les guides nous ont interdit d’en faire une autre.

Le plan-séquence d’ouverture est très beau. Ce paysage sublime, ces deux paysans malawiens qui l’arpentent et ce corps intrus qu’ils découvrent. Elle installe un suspense qui tient tout le long du film : comment Gabriel a-t-il échoué là ?

On l’a filmée le dernier jour du tournage. Il fallait marcher de notre refuge jusqu'au lieu, le véritable nid où Gabriel a été retrouvé. Il y avait quelque chose de spirituel dans le fait d’être là où cela s’était passé. On avait prévu deux heures de marche pour y arriver et quatre heures de prises de vue. Or, on a mis quatre heures pour y aller et il nous restait deux heures pour tourner. On a d’abord filmé la dernière scène du film. Et il ne nous restait que quinze minutes pour mettre en boîte la première. Le plan devait être filmé à la grue. Pris par le temps, on s’est contenté d’un panoramique, ce qui est finalement beaucoup plus cohérent avec le reste du film. La première prise a été magique, la beauté de ces hommes au travail a ému toute l’équipe. Mais Pedro, mon chef opérateur, m’a demandé une autre prise. Sur la seconde, son zoom de fin était parfait. C’est celle que l’on a utilisée.

Le cinéma brésilien connaît un nouvel essor. Vous sentez-vous appartenir à une génération d’artistes ?

Un nom lui a même été donné, mais personne ne l’emploie : «novissimo», en référence au cinéma novo. Nos films sont très différents, mais une certaine solidarité s’est créée entre nous, notamment grâce aux festivals où on se retrouve pour la plupart. Je pense à Anna Muylaert («Une seconde mère», «D’une famille à l’autre»), Jùlia Murat («Historias»), Gabriel Mascaro («Ventos de Agostos», «Rodéo»), Marco Dutra & Juliana Rojas, Felipe Bragança, Marina Meliande, Gabriel Martins, Michael Wahrman… Et bien sûr, Kleber Mendonça Filho («Aquarius», «Les Bruits de Recife»). On sent que quelque chose se passe qui, je pense, est dû aux politiques culturelles qu’ont initiées Lula et le Parti des travailleurs durant ces quinze dernières années. Ils ont, entre autres, mis en place un fonds national du cinéma très proche du CNC français. Quand j’ai débuté dans les années 1990, un seul film était produit chaque année au Brésil. Aujourd’hui, on est à environ cent quarante films par an.

Gabriel et la montagne sera à l’affiche du Ciné-répertoire du Cinéma Carrefour du Nord, le 30 octobre.