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Virtuel, hebdomadaire, pour les arts et la culture dans nos Laurentides Édition du 13 décembre 2017

Mon frère d’âme

Le concept de la trilogie est simple. J’ai très souvent été intéressé par les relations entre les humains sous plusieurs angles. En fait, de par mes expériences de travail, j’ai presque toujours été confronté aux comportements des hommes et des femmes devant la vie comme devant la mort, au travail et dans d’autres circonstances.

Il a donc été normal pour moi d’écrire les aventures de personnages habités dans leurs échanges quotidiens. Mes personnages, je les aime comme on peut aimer un frère d’âme, c’est-à-dire des personnages qui démontrent une personnalité évidente. J’ai puisé dans mes rencontres un peu de chaque personne, certains traits. Chacun de ces personnages ont été marquants pour moi directement ou indirectement. Permettez-moi de vous présenter sommairement cette trilogie.

Roman 1

Claude part seul vers Bruxelles sur les traces de Jacques Brel. Un soir, il sera le seul témoin du vol de Manneken Pis. En compagnie d’un ex-policier et, à la fois, propriétaire de l’hôtel où il habite pendant ses vacances, il y aura un chassé-croisé avec la police pour retrouver la statuette. Pendant ce temps, de jeunes étudiants de deux universités (belge et française) sont en plein bizutage. Par ailleurs, le personnage principal ne pourra oublier l’absence de Sou. Il est un grand rêveur. C’est un roman initiatique!

Roman 2

Si la lucidité peut parfois mettre les plus beaux esprits en chamaille, en cet instant précis, le cœur et le cerveau de Camila, la petite Brésilienne, en étaient le terrain d’affrontement. Dans sa tête bourdonnaient des cris qui s’entrechoquaient à ses souvenirs d’enfance. Aux cris de douleurs trop fréquents pour des hommes trop pressés s’entremêlaient des mots d’amour de son petit ami Lourenço, qu’elle n’oubliera jamais. Que dire des regards vides des membres de sa famille espérant avoir droit eux aussi à un peu de soleil.

C’est à la fois un guide touristique, un Polar, une chronique estudiantine, des amitiés naissantes, florissantes ou renouvelées, un cri d’amour étouffé. D’un côté Georges et Margot si près, et de l’autre, Claude et Sou si éloignés par la distance. On sent une certaine urgence de vivre. La recherche de Brel lancée, puis abandonnée au profit d’une aventure plus palpitante? Un soulèvement politique? Tout cela décrit un moment dans le temps, une confluence d’évènements, d’émotions, d’odeurs.

Mon frère d'âme se présente sous trois angles différents

Il y a l’histoire en elle-même à un premier niveau de lecture. Roman d’amour et policier, ce livre a été écrit dans un style que l’on dit lyrique. J’ai tenté d’y créer une atmosphère chaleureuse ou il fait bon s’y retrouver seul avec les personnages.

Plusieurs passages du roman font référence aux chansons de Jacques Brel. J’ai tenté d’en faire une certaine relecture afin d’exprimer ce que ses textes m’inspiraient en les intégrant dans le cours du roman. J’ai aussi utilisé des éléments biographiques de la vie de Jacques Brel en les intégrant à l’ouvrage : certains lieux qu’il a visité, habité, les personnages qu’il a déjà chanté.

J’y ai intégré des éléments de réflexions sur la vie en générale en tentant de donner un sens aux mots «pays» et «abandon», en y intégrant des éléments de réflexions sur mes luttes intérieures (personnifiés par la symbolique du scarabée). Un petit animal qui se cache jusque dans mes plus profonds repères. J’ai voulu faire une certaine relecture de certains textes et y ajouta ma petite touche personnelle. Ainsi, plusieurs des endroits où se déroulent certains évènements surviennent dans les lieux même que Jacques Brel a fréquentés. Cette façon d’écrire est sans doute ma façon de démontrer que ce grand interprète, poète et chanteur habitera toujours la merveilleuse ville de Bruxelles et mon cœur y cohabitera en permanence avec les gens de ce pays.

Le regard des gens sur mon oeuvre, je voudrais...

Qu’ils s’abandonnent à leur lecture et qu’ils tentent de découvrir quels sont les rêves du personnage principal. Sous l’emprise des chansons de Jacques Brel, j’aimerais que tous les amoureux de Jacques Brel découvrent quelle lecture je fais de certains passages de ses chansons. Je me suis fait prendre au jeu.

Ce livre est disponible à la vente au format papier chez Renaud Bray et sur www.amazon.ca ou par courriel : commande@neopol.ca. Disponible également sur commande en librairie.

Le lancement du tome deux aura lieu le 3 juin au Centre Saint-Pierre, 1212, rue Panet, à Montréal, salle 304, salle Marcellin-Champagnat. Les portes de la salle s'ouvriront à treize heures.

Un peu de mon histoire

Je crois que j'ai été un enfant aimé. En fait, tout autant que mes frères et sœurs. J'ai eu une éducation catholique, cela va de soi, en n'oubliant pas toutes les étapes obligatoires prévues au parcours : catéchisme, confirmation, première communion et communion solennelle avec brassard. Je me souviens encore de ces messes dominicales qui me faisaient bâiller et m'ennuyaient à mourir.

J'ai toujours été un peu comme tout le monde, à ceci de différent, que j'étais un peu plus sensible à l'ennui et à l'indifférence des autres. Lors des fêtes familiales qui ont toujours été des prétextes à de lourdes mangeailles. J'ai souvenir encore de mes oncles, le ventre bien rond finissant une dernière cigarette et une autre dernière bière.

Il ne me restait plus alors pour moi, encore petit, qu'à me réfugier dans l'univers douillet et sécurisant des tantes qui venaient à l'occasion à la maison. Ce qu'elles me paraissaient belles, accueillantes et brûlantes, il émanait d'elles une telle tendresse. Tout cela amalgamé aux sucreries de bonbons à patate et à mes rêves de coureurs des bois en quête d'une chasse-galerie pour m'envoler vers des pays impossibles. Je me forgeais donc en douceur une bonne haine, bien tenace, des simagrées de familles. Très jeune je me suis donc juré que je ne serait plus de ces gens qui viennent au monde que pour mourir un peu à chaque jour avec sa peine au plus profond de soi. Vous savez, ce genre de peine qu'on traîne toute sa vie, sans trop savoir pour quoi et pour qui. Là aussi, la vie s'est jouée de moi.

Mes jeux de l'enfance étaient faits de guerre d'Indiens et de cowboys. J'étais certain qu'un jour j'allais rencontrer le dernier des Mohicans derrière une pile de bois à sécher dans la cour d'entreposage d'une scierie près de chez nous. Où que j'aille,  j'allais être volé dans mon sommeil par Timéo, le quêteux, car il devait bien manger des enfants de temps en temps.

Un jour, par un bel après-midi d'été, assis sur le coin de la rue devant le magasin de mes parents je fus complètement saisi par ma condition de jeune garçon trop inconscient de ses leçons de propreté et d'hygiène personnelle. En effet, je venais de faire dans mes pantalons. Je me souviens encore comme le fond de ma petite culotte était chaud. À vrai dire, je me sentais très bien. Là, assis tout près de la rue Notre-Dame à Saint-Félicien. Je n'avais pas envie de me lever, d'autant que je savais que j'allais me faire disputer par ma mère. Bien au contraire, réfléchissant sur ma condition du moment, je regardais fixement la grille d'égout sous mes pieds. Je me surpris à me questionner sur les raisons pour lesquelles nous devions tous finir en poussière. Comme dans le limon universel, j'allais un jour rejoindre tous ces vieux aux cheveux blancs qui mouraient sans trop qu'on sache pourquoi et qui allaient terminer leur existence au fond de l'Ashuapmushuan. J'étais donc certain en cet instant que cette grille devait me protéger contre ce gouffre infernal qui digérait les vieux sans crier gare. Plus rien n'allait !!! Je n'avais pas l'intention de me retrouver moi aussi au fond de cette grande gueule qui bouffait les vieux. D'autant que s'il fallait que si l'odeur que je respirais à ce moment-là avait comme une odeur d'éternité, je n'eus définitivement pas l'intention de vieillir.

C'est donc à cet instant précis que je décidé de ne plus vieillir et de m'en remettre à mes talents pour ralentir la vie.  La seule option possible qui s'offrait à moi se tenait dans mes rêves. Vous savez rêver sa vie c'est bien beau, mais comme tous les autres, je me suis fait prendre au jeu. En sommes, le sens de la vie a toujours été simple. Il y avait les gens d'en haut et les gens d'en bas.

Ceux d'en haut font beaucoup de bruit, ils font beaucoup de tapage espérant qu'ils vont pouvoir s'élever un peu au-dessus de la masse des vivants-mourants. Ils s'étourdissent et se réinventent une vie chaque minute. Enfin, les chanceux, ceux qui peuvent mordre dans la vie et être encore capables de sourire.

Pour moi, les gens d'en haut étaient mes amis de classe, mes copains avec qui je jouais tous les jours. S'étaient facile ils avaient mon âge. Je me souviens encore du très profond trouble que je subis lorsqu'un de mes copains de classe de première année mourut subitement. J'ai vécu à ce moment-là un dilemme impossible. Comment un jeune, à cheveux blonds, pouvait s'en aller vivre avec les gens d'en bas.

À cet instant précis, entre les odeurs qui montaient de mes pantalons, m'est venue une pensée tout à fait inattendue. Un jour à venir, beaucoup plus tard, je changerais de nom, Claude, que je m'appellerais. Plus encore, j'allais écrire un jour, un livre qui relaterait cette expérience de couvercle d'égout. J'ai toujours su que cela arrivait, je ne savais certes pas pourquoi, ni comment, mais, un jour, cela allait arriver.

Il y a ceux aussi d'en bas. Ceux-là, je les connais très peu, un jour ils se sont couchés dans un grand lit et je les ai jamais revus. Je les imagine de mieux en mieux, car, ils avaient presque mon âge d'aujourd'hui. Alors il est facile pour moi de savoir à qui je veux ressembler. Ceux d'en bas sont franchement trop silencieux et un peu trop ennuyeux.

Aujourd'hui j'aime croire qu'il est possible, à la force de mes bas, d'avoir raison de la vie et de toutes les vicissitudes que je vais devoir affronter de ma jeune enfance, jusqu'à mon enfance vieillissante. Mais après toute une vie à bourlinguer dans des milieux de vie souvent très différents, j'ignore toujours quel sens je dois donner à ma vie et  à ma mort. Je suis sans doute à la recherche d'un sens à donner à tout ça. À tous ces chambardements du cœur et du corps qu'on appelle la vie.

Ma quête m'a amené dans des mondes d'illusions faits d'apprentissage de l'abandon sous toutes ses formes. Peut-être, est-ce là le sens de ma vie? Me réapproprier, au hasard des jours, la nourriture du corps et de l'esprit qui m'a été donné et parfois repris.

De victoires en défaites et de défaites en victoires, j'ai fait une grande découverte. Peu importe les mondes illusoires dans lesquels nous vaquons à nos occupations, il n'y a que dans nos échanges quotidiens, chacun, pour ou contre l'autre, que se retrouve le sens de nos paradigmes bien enfouis au plus profond de nous.

J'aimerais terminer ici en vous à une personne qui est devant moi actuellement. Si ce soir, je suis devant vous, c'est  un peu grâce à vous et surtout, et avant tout, grâce à toi. Depuis trente-cinq ans, tu es le sens de ma vie. Tu es, en fait, toutes mes sagesses et toutes mes vérités. Dans le monde d'en haut, comme dans le monde d'en bas.